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Pour Mayu Hirano, née à Yokohama, au Japon, en 1979, la musique est avant tout affaire de perception sensorielle. Sans doute parce que dès l’âge de deux ans, elle s’est emparée du violon de son frère pour tâter du son en improvisant. La compositrice veut aujourd’hui susciter une « écoute charnelle qui évoque le toucher, la peau, le souffle » et, plus généralement, la réalité du corps humain. Ces trois éléments ont donné lieu à des développements musicaux d’importance. D’une part, Skin Memory (« mémoire de la peau », 2019), pour quatuor à cordes et électronique, qui joue avec les multiples facettes d’une surface frémissante. D’autre part, Toucher (2018), pour piano solo, qui se fonde sur différentes formes de contact du clavier. Enfin, Instant suspendu, une pièce créée en 2014, dans le cadre du cursus de l’Ircam, qui mise sur la respiration de l’accordéon à travers son soufflet relayé par l’électronique.

Avant de se fixer en France, en 2006, Mayu Hirano est passée dans son pays natal par toutes les institutions dévolues à la musique occidentale. Collège, lycée, puis université (Tokyo Geidai) où elle a étudié non seulement le violon et le piano mais aussi l’écriture et la musicologie. La thèse qu’elle a soutenue en 2003 – sur « l’expérience physique et la musique répétitive » – semble annoncer le travail qu’elle développera dans Toucher, où des accords récurrents constituent la base obsessionnelle d’une expression très plastique qui file sur une nappe souterraine entretenue par l’usage de la pédale « silencieuse ».

 

Une sculpture du temps

 

Formée à la composition en France, principalement par Jean-Luc Hervé et Yan Maresz au conservatoire de Boulogne-Billancourt, après avoir abordé la création en autodidacte, Mayu Hirano s’engage dans des projets qui font la part belle à l’électronique. Par exemple avec le diptyque qui réunit Instant suspendu (2014) et Singularité (2015), le premier volet relevant de l’exploration et le second de la projection, dans tous les sens du terme puisque la prestation des musiciens (accordéon et quatuor à cordes) accompagne une vidéo.

Si la compositrice compare souvent son travail à une sculpture du temps et de l’espace, elle aime aussi à rapprocher la nature du son et celle de la lumière, l’un et l’autre déclinables en spectres. A ces références, omniprésentes dans la nature sensuelle de sa musique, se sont ajoutées des données propres au cinéma dans la partition que Mayu Hirano a conçue pour Une page folle, film muet tourné en 1926 par Teinosuke Kinugasa (création le 4 juin). Considérant que l’espace du film, y compris sur un plan psychologique, « tend naturellement » vers celui de la musique, au même titre que le jardin japonais qui se situe dans le prolongement d’une maison, Mayu Hirano a voulu le dynamiser par l’adjonction « de plusieurs types de couleurs de différentes intensités, textures et expressions, à la manière du “suibokuga”, cette technique picturale japonaise du lavis, qui esquisse les paysages au moyen de diverses nuances de noir et de blanc ».                                                                                 

 

- Le Monde,  le 27 mais 2021, Pierre GERVASONI      

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